Friendly Body

Physical wellness

Mois : février 2019

La rivière ne se moque pas de l’immobilité de la montagne…

Il y a environ trois mois, commence la période des fêtes et le rush de fin d’années : entre ma grande famille, où l’on fête noël du 11 décembre au 12 janvier, et la charge de travail, je fais une pause sur la musculation.

Il y a environ un mois, je fais une erreur banale en snowboard sur une piste de l’Alpe d’Huez, et j’écope d’une belle entorse au poignet : pas de reprise de la musculation au programme, puisque je suis incapable de serrer le poing ou même de tenir une charge en main.

Il y a deux jours, j’anime un atelier alors que je viens à peine de reprendre la musculation en douceur, et ô surprise ! Je suis à nouveau capable de pratiquer un exercice que j’avais abandonné…

Il y a une heure, je me disais que j’avais envie de partager avec vous une réflexion qui s’applique à tout le monde, même aux non-sportifs.

 

Cet exercice, dont vous voyez la photo en introduction de cet article, consiste à joindre les mains dans le dos, l’une passant par le haut du corps, et l’autre par le bas… Depuis un an ou deux, j’avais arrêté de pratiquer cet exercice de la sorte, parce que mes coudes étaient douloureux, et joindre mes mains nécessitait de forcer un peu.

Je me suis donc simplement mis à en pratiquer une version édulcorée : l’intention compte plus, pour moi, que le résultat de l’exercice, et si mes mains ne se touchent pas, ce n’est pas fondamentalement un problème (cette indication est valable pour quasiment tous les exercices : une version édulcorée vous fera quand même travailler et progresser, quand bien même elle ne serait pas conforme à un catalogue de mouvements).

Au lieu de joindre mes mains dans le dos, je me suis étiré ainsi, ces derniers mois

Je n’aime pas bien énoncer des liens de cause à effet avec certitude, mais je compte sur vous pour prendre ce que je vais dire avec des pincettes : je pense que la musculation avait limité mon mouvement. Ce n’est pas une considération incroyablement élaborée, puisque la musculation fait prendre de la masse et du volume, et que cela diminue donc fatalement l’amplitude des mouvements.

Et c’est ça dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui : lorsque vous explorerez ce que vous pouvez faire dans votre vie, que ce soit avec votre corps ou votre esprit, vous allez, à un moment ou à un autre, constater que vous ne pouvez pas dépenser d’énergie dans un domaine sans que cela n’impacte vos capacités dans un autre domaine. Gagner en force vous fera parfois perdre en souplesse, et plus vous spécialiserez votre corps dans une direction, plus il sera difficile d’aller dans une autre.

Ma vie personnelle a été faite de ce genre d’explorations amusantes : l’escalade me rendait légèrement moins délié en piano, le piano me rendait moins robuste à certaines contraintes du poignet en arts martiaux, les arts martiaux m’ancraient un peu trop dans le sol pour le tango argentin, et ainsi de suite…

Notons que ce constat sera le même en ce qui concerne la manière dont votre corps est construit : être plus souple pourra diminuer la réactivité d’une articulation, avoir plus de force rendra peut-être plus raide, pratiquer des sports d’endurance pourra être nuisible à la force pour certaines personnes très spécialisées, tout comme prendre trop de masse musculaire ne sera pas forcément bénéfique à une personne pratiquant le cyclisme ou le marathon…

Notons également que ce constat s’applique à la plupart des caractéristiques de votre corps : avoir du gras alourdit le corps, le protège de certains chocs et rend les articulations plus stables, et c’est pour cette raison, notamment, que les strongmen, athlètes spécialisés dans les prouesses de force, ne sont pas très regardants quant à leur taux de gras, là où les gymnastes le sont (puisqu’ils doivent porter leur propre poids).

 

Et ce que je viens d’écrire s’applique également aux personnes qui ne pratiquent pas le sport à haut niveau ! Bien sûr, tant que vous ne poussez pas une activité très loin, vous pouvez progresser dans toutes les directions, et il n’y a pas de direction qui soit fondamentalement plus souhaitable qu’une autre (puisqu’on la choisit arbitrairement). En revanche, ces réflexions sont importantes lorsque vous souhaitez un résultat : si vous pratiquez dans le but d’obtenir un résultat calqué sur les résultats d’une personne qui vous inspire, si le résultat compte alors plus que l’état intérieur, vous risquez de vous blesser, physiquement et psychologiquement.

Si vous êtes inspiré par l’état d’esprit, la philosophie de quelqu’un, vous allez appliquer la même démarche, mais obtenir un résultat qui correspond à votre corps. Si vous vous focalisez sur le résultat que cette personne a atteint sans l’état d’esprit qui va avec, vous risquez de ne pas atteindre votre objectif, et de vous blesser en plus.

Dans le cadre de l’exploration corporelle qui est proposée par Friendly Body, je pense qu’il est important de comprendre un fait très simple : nous ne sommes pas tous égaux, et tout le monde ne peut pas pratiquer l’escalade, la gymnastique, le yoga, ou la musculation… Et au sein d’une pratique, tout le monde ne peut pas pratiquer tous les exercices : je dis ça en tant que professeur de méthodes telles que le Yoga et le Pilates, car je n’ai jamais vu personne être en état de pratiquer tous les exercices parmi mes confrères ou consoeurs.

C’est cet état d’esprit que je vous encourage à développer : cela implique parfois de ne pas copier la forme externe d’un professeur, car même dans des gymnastiques douces et non-traumatisantes, vous trouverez des exercices que vous ne pourrez pas pratiquer, et cela concerne tout le monde.

 

En transmettant cet état d’esprit, j’ai de la joie à voir mes élèves adapter les exercices que je propose à leur corps, quand bien-même leur forme serait différente de la mienne. J’ai de la joie à voir mes élèves me dire, même en cours collectif : « je ne ferai pas cet exercice, il n’est clairement pas bon pour mon corps ». J’ai de la joie à voir des élèves me dire : « je vais faire un autre exercice qui m’apporte presque la même chose, mais qui préserve telle ou telle blessure ».

Et par-dessus tout, j’ai de la joie à voir mes élèves, utilisant cet état d’esprit, exécuter certains mouvements mieux que je ne pourrai jamais les faire, puisqu’en étant capables de copier l’essence de mon travail au lieu d’en copier la forme, ils repèrent les occasions de tracer leur propre route.

Pour paraphraser Koichi Tohei, dans la nature, la montagne ne se moque pas de la rivière parce que celle-ci manque de densité, et la rivière ne se moque pas de la montagne parce que celle-là est immobile.

C’est vous, le prof de sport ? Dites donc, ça ne se voit pas !

Il y a quelques années, je donnais des cours collectifs dans une petite association de yoga.

Je suis en train d’attendre dehors, avant le début du cours, quand une dame, assise sur un banc et me toisant depuis quelques minutes, m’adresse la parole : « c’est vous le prof de sport ? »

Lorsque je hoche la tête pour confirmer, elle continue d’un air étrangement courroucé : « ah bah dites donc, ça ne se voit pas ! »

Sur le moment, je suis désarçonné… Il faut dire que ce n’est pas tous les jours que j’ai droit à ce franc-parler, et en plus, le non-verbal de cette dame est un peu celui que j’arborerais si je m’adressais à quelqu’un qui serait en train de déféquer sur ma pelouse…

Peut-être était-ce ma chemise à fleur qui ne faisait ni assez « fitness », ni assez « yoga », ou peut-être que mon physique évoquait les plaisirs de la table plus que le sport… Je ne saurai jamais, puisque cette dame n’était pas là pour mon cours, mais pour une autre activité… Toujours est-il que cette remarque m’a fait réfléchir : à quoi pourrait-on voir que je suis bon dans ce que je fais ?

J’apprends aux gens à habiter leur corps confortablement, à développer une attitude bienveillante et amicale envers celui-ci (d’où le nom de ce site). Les personnes qui viennent apprendre des choses en ma compagnie ne me sollicitent pas pour ce que je peux faire, seulement pour la manière dont je peux les aider à placer leur conscience sur leur corps. La méthode Friendly Body est comparable à la méditation ou à des pratiques spirituelles : nous explorons nos sensations corporelles, nous jouons avec, et les exercices sont d’abord un prétexte à l’exploration consciente, et non des outils pour atteindre un résultat. Et c’est là tout le problème : comment représente-t-on un travail bien fait, si le résultat souhaitable change d’une personne à l’autre ? à quel détail faudrait-il faire attention pour voir qu’une personne a une remarquable conscience de son corps et une remarquable bienveillance envers celui-ci ?

Mon travail a pris plusieurs formes, avec les années : professeur de Yoga, de Qigong, ou de Pilates, coach sportif, thérapeute psycho-corporel… Mais j’ai beau avoir apprécié toutes ces années d’enseignement, je ne me reconnais pas vraiment dans l’image véhiculée couramment sur des affiches, dans des magazines, ou sur des sites internet : je n’ai pas envie d’arborer des abdominaux dessinés, ni un pyjama chinois, ni une superbe posture de yoga où je tords ma colonne vertébrale devant à un coucher de soleil… Toutes ces images sont très jolies, et j’aime les pyjamas, tout autant que mes abdominaux quand je peux les voir, c’est juste qu’elles ne représentent pas mon travail.

Au début, c’était un dilemme pour moi : quelle iconographie utiliser ? Quel logo, quel image, serait à même de représenter ce travail ?

Cette question m’a tenaillé l’esprit, jusqu’à ce que je me rende compte qu’elle ne pouvait pas avoir de réponse claire, puisque mon travail est d’abord personnel : le logo Friendly Body, une personne s’étirant en position accroupie, représente simplement une posture que j’aime prendre, de temps en temps, rien de plus. Le nom et l’image sont identifiables, et c’est à peu près tout ce qui compte.

Pour un pratiquant de méditation, il serait absurde de demander à son professeur un « certificat d’éveil » : au mieux, la personne qui vous a formé peut attester que vous étiez présent à ses côtés lorsqu’elle a enseigné, et supposer, au vu de ce qu’elle sait de vous, que vous comprenez l’essence de son travail. En aucun cas, cette personne ne pourra avoir de certitude, puisqu’elle ne peut pas vraiment parler de vous : c’est l’image que cette personne se fait d’elle même qui parle de l’image qu’elle se fait de vous.

En voulant à tout prix montrer le résultat d’une pratique, on peut parfois en perdre l’essence. Ce n’est pas forcément le cas dans toutes les disciplines : il semble logique d’écouter un professeur de piano jouer du piano, et il semble logique de montrer que l’on sait exécuter des mouvements de musculation si l’on se décrit comme coach sportif, mais c’est une toute autre histoire quand on parle de placer sa conscience sur ses sensations corporelles.

Quand on transmet un savoir faire, il peut être intéressant de montrer qu’on sait faire les choses, même si, parfois, d’excellents professeurs ne sont pas de très bons pratiquants, et vice-versa, pour plein de raisons (des accidents de la vie, ou autre chose). Mais quand on travaille autour de la conscience, il y a un peu plus d’incertitude.

La pratique que j’affectionne est un processus, un état d’esprit, et je peux certes constater qu’une personne continue à exécuter des exercices alors qu’elle dit avoir mal, mais je n’ai aucune idée de ce qu’elle ressent, corporellement, et je ne peux que proposer des pistes d’exploration.

Si je juge un mouvement du point de vue de sa forme externe, et que je propose un exercice tel que des pompes, il est évident que la qualité d’exécution ne sera pas la même entre une personne obèse et une personne très athlétique… Il est évident que les pompes seront mieux faites par un athlète de trente ans que par un octogénaire perclus d’arthrose.

Si, en revanche, je juge la qualité d’exécution du point de vue de la bienveillance consciente avec laquelle la personne traite son corps, la qualité d’exécution ne sera pas facile à juger pour moi, de l’extérieur.

Ce qui me semble certain, c’est que vous pouvez adapter vos mouvements à votre corps : c’est votre bienveillance et la conscience que vous avez de votre corps qui vous permettront de trouver les mouvements les plus adaptés à ce que votre corps peut faire. Et ainsi, j’ai des élèves avec des capacités physiques très différentes qui tentent de copier mes mouvements, et je suis ravi de les voir allègrement adapter ces mouvements à leurs corps, pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas le même vécu que moi, ni les mêmes sensations.

Votre corps a sa propre histoire, et avec le bon état d’esprit, et vous pouvez trouver une infinité de mouvements puissants, esthétiques, agréables, et efficaces avec le corps que vous avez.

Voilà pourquoi, finalement, si je devais entendre à nouveau cette dame me dire que ma position de professeur ne se voit pas, j’aurais plaisir à lui répondre : « bravo, vous commencez à comprendre mon travail ! »

J’ai testé : le correcteur de posture à 12 euros

TLDR : ça sert peut-être, mais probablement pas de la manière que vous imaginiez en voyant la pub

Ces temps-ci, on voit beaucoup de publicités pour des appareils destinés à corriger la posture…

Les pubs suivent grosso modo toutes le même schéma :

  • Une personne travaille penchée en avant
  • Un squelette en 3D montre une colonne vertébrale penchée en avant (quitte à afficher des vertèbres en rouge pour montrer qu’elles sont soumises à un stress… ah, les fameuses vertèbres rouges…)
  • La personne se frotte le bas du dos avec une expression surjouée sur le visage : « ho là là, j’ai mal au dos ! »
  • Elle place le correcteur de posture entre ses épaules, et tout va bien…

Ce scénario est répété plusieurs fois, et à la fin, on nous vend un produit… Bon, mais est-ce que ça marche réellement ?

Pour moins d’une quinzaine d’euros, je me suis dit que je n’allais pas me priver de tester ça, alors j’ai acheté quelques versions de ce produit !

Il existe plusieurs modèles concurrents (il faut croire que c’est une mode), mais leurs différences sont minimes : ça se résume à des scratchs plutôt que des boucles ou des clips façon « sac à dos » pour fixer le dispositif, mais ça ne va pas plus loin.

Lors de l’essayage, le dispositif donne un peu la sensation d’avoir des cordes autour de la ligne des épaules et de la poitrine, à la manière des Tasuki, dans la culture Japonaise. Très vite, le constat est vite implacable : ma posture n’a pas changé d’un poil…

De deux choses l’une : soit j’ai mal utilisé ce produit, soit les personnes sur la publicité sont des comédiens et ont volontairement corrigé leur posture avec leurs propres muscles du dos… En tout cas, cet objet ne corrige pas vraiment ma posture : il me tire les épaule en arrière et me donne un air de poulet grotesque, ou mieux, un air de Jim Carrey qui imite un Vélociraptor.

Je trouve l’idée de base intéressante : forcer le dos à se redresser pour éviter une douleur de posture, pourquoi pas…. Mais il est parfaitement possible de rester avachi en étant harnaché dans ce « correcteur de posture », tout en ayant les épaules tirées en arrière… Et il est parfaitement possible de rester voûté dans le bas du dos alors même que le haut du dos cherche à s’étirer vers le ciel. Donc autant être clair : l’appareil ne va pas miraculeusement changer la posture, et ne vous fera pas miraculeusement vous tenir droit.

Et en plus, si vous connaissez un peu la philosophie de Friendly Body, vous saurez que j’ai de gros doute sur le concept de correction de la posture, surtout pour réduire le mal de dos.

Est-ce que, pour autant, je condamnerais ce produit complètement ? Et bien, pas nécessairement…

Corriger une posture ne fait pas grand sens dans l’absolu, mais pour certaines personnes, porter un tel dispositif peut avoir un intérêt.

En effet, porter un vêtement particulier peut permettre de se rappeler de placer sa conscience à tel ou tel endroit de son corps :

  • Certains pratiquants de musculation portent une ceinture autour de leur ventre pour soulever des charges lourdes, non pas pour prévenir l’excès de pression, mais pour placer sa conscience à un endroit précis et maintenir une forme de corps qui évitera les blessures (bien sûr, l’excès de pression peut être prévenu par une ceinture lorsqu’on soulève des charges inhumaines, telles que dans cette vidéo, mais même avec des charges légères sans grand risque de blessure, une ceinture peut vous apprendre à bien placer votre dos).
  • Certains pratiquants de Tai Ji Quan ou de Qi Gong préfèrent porter de la soie, parce que la sensation de frottement sur leur corps permet d’être conscient de la surface de leur peau.
  • Pour ma part, il m’est arrivé d’essayer divers types de chaussures, et de marcher pieds nus dans la rue, simplement parce que cette variété de sensations me permettait de porter attention à ma façon de marcher.

Pour conclure, donc, ce petit gadget ne fonctionnera que si vous vous en servez comme un rappel de conscience : un truc qui, parfois, sur une journée, vous poussera à vous dire « tiens, est-ce que je peux prêter attention à ma posture ? »… 

Cela ne supprimera pas les maux de dos (mais vous pourrez quand même sourire avec le pouce levé face à une caméra, si vous le souhaitez), et cela ne « corrigera » pas la posture, mais cela n’est pas forcément inutile : je pense qu’il ne faut simplement pas s’illusionner et vendre des illusions aux gens quant à un tel dispositif.

Peut-être que dans un autre article, je testerai la version de ce correcteur de posture avec une ceinture lombaire intégrée, pour voir si cela fait une différence…

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