Friendly Body

Physical wellness

C’est vous, le prof de sport ? Dites donc, ça ne se voit pas !

Il y a quelques années, je donnais des cours collectifs dans une petite association de yoga.

Je suis en train d’attendre dehors, avant le début du cours, quand une dame, assise sur un banc et me toisant depuis quelques minutes, m’adresse la parole : « c’est vous le prof de sport ? »

Lorsque je hoche la tête pour confirmer, elle continue d’un air étrangement courroucé : « ah bah dites donc, ça ne se voit pas ! »

Sur le moment, je suis désarçonné… Il faut dire que ce n’est pas tous les jours que j’ai droit à ce franc-parler, et en plus, le non-verbal de cette dame est un peu celui que j’arborerais si je m’adressais à quelqu’un qui serait en train de déféquer sur ma pelouse…

Peut-être était-ce ma chemise à fleur qui ne faisait ni assez « fitness », ni assez « yoga », ou peut-être que mon physique évoquait les plaisirs de la table plus que le sport… Je ne saurai jamais, puisque cette dame n’était pas là pour mon cours, mais pour une autre activité… Toujours est-il que cette remarque m’a fait réfléchir : à quoi pourrait-on voir que je suis bon dans ce que je fais ?

J’apprends aux gens à habiter leur corps confortablement, à développer une attitude bienveillante et amicale envers celui-ci (d’où le nom de ce site). Les personnes qui viennent apprendre des choses en ma compagnie ne me sollicitent pas pour ce que je peux faire, seulement pour la manière dont je peux les aider à placer leur conscience sur leur corps. La méthode Friendly Body est comparable à la méditation ou à des pratiques spirituelles : nous explorons nos sensations corporelles, nous jouons avec, et les exercices sont d’abord un prétexte à l’exploration consciente, et non des outils pour atteindre un résultat. Et c’est là tout le problème : comment représente-t-on un travail bien fait, si le résultat souhaitable change d’une personne à l’autre ? à quel détail faudrait-il faire attention pour voir qu’une personne a une remarquable conscience de son corps et une remarquable bienveillance envers celui-ci ?

Mon travail a pris plusieurs formes, avec les années : professeur de Yoga, de Qigong, ou de Pilates, coach sportif, thérapeute psycho-corporel… Mais j’ai beau avoir apprécié toutes ces années d’enseignement, je ne me reconnais pas vraiment dans l’image véhiculée couramment sur des affiches, dans des magazines, ou sur des sites internet : je n’ai pas envie d’arborer des abdominaux dessinés, ni un pyjama chinois, ni une superbe posture de yoga où je tords ma colonne vertébrale devant à un coucher de soleil… Toutes ces images sont très jolies, et j’aime les pyjamas, tout autant que mes abdominaux quand je peux les voir, c’est juste qu’elles ne représentent pas mon travail.

Au début, c’était un dilemme pour moi : quelle iconographie utiliser ? Quel logo, quel image, serait à même de représenter ce travail ?

Cette question m’a tenaillé l’esprit, jusqu’à ce que je me rende compte qu’elle ne pouvait pas avoir de réponse claire, puisque mon travail est d’abord personnel : le logo Friendly Body, une personne s’étirant en position accroupie, représente simplement une posture que j’aime prendre, de temps en temps, rien de plus. Le nom et l’image sont identifiables, et c’est à peu près tout ce qui compte.

Pour un pratiquant de méditation, il serait absurde de demander à son professeur un « certificat d’éveil » : au mieux, la personne qui vous a formé peut attester que vous étiez présent à ses côtés lorsqu’elle a enseigné, et supposer, au vu de ce qu’elle sait de vous, que vous comprenez l’essence de son travail. En aucun cas, cette personne ne pourra avoir de certitude, puisqu’elle ne peut pas vraiment parler de vous : c’est l’image que cette personne se fait d’elle même qui parle de l’image qu’elle se fait de vous.

En voulant à tout prix montrer le résultat d’une pratique, on peut parfois en perdre l’essence. Ce n’est pas forcément le cas dans toutes les disciplines : il semble logique d’écouter un professeur de piano jouer du piano, et il semble logique de montrer que l’on sait exécuter des mouvements de musculation si l’on se décrit comme coach sportif, mais c’est une toute autre histoire quand on parle de placer sa conscience sur ses sensations corporelles.

Quand on transmet un savoir faire, il peut être intéressant de montrer qu’on sait faire les choses, même si, parfois, d’excellents professeurs ne sont pas de très bons pratiquants, et vice-versa, pour plein de raisons (des accidents de la vie, ou autre chose). Mais quand on travaille autour de la conscience, il y a un peu plus d’incertitude.

La pratique que j’affectionne est un processus, un état d’esprit, et je peux certes constater qu’une personne continue à exécuter des exercices alors qu’elle dit avoir mal, mais je n’ai aucune idée de ce qu’elle ressent, corporellement, et je ne peux que proposer des pistes d’exploration.

Si je juge un mouvement du point de vue de sa forme externe, et que je propose un exercice tel que des pompes, il est évident que la qualité d’exécution ne sera pas la même entre une personne obèse et une personne très athlétique… Il est évident que les pompes seront mieux faites par un athlète de trente ans que par un octogénaire perclus d’arthrose.

Si, en revanche, je juge la qualité d’exécution du point de vue de la bienveillance consciente avec laquelle la personne traite son corps, la qualité d’exécution ne sera pas facile à juger pour moi, de l’extérieur.

Ce qui me semble certain, c’est que vous pouvez adapter vos mouvements à votre corps : c’est votre bienveillance et la conscience que vous avez de votre corps qui vous permettront de trouver les mouvements les plus adaptés à ce que votre corps peut faire. Et ainsi, j’ai des élèves avec des capacités physiques très différentes qui tentent de copier mes mouvements, et je suis ravi de les voir allègrement adapter ces mouvements à leurs corps, pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas le même vécu que moi, ni les mêmes sensations.

Votre corps a sa propre histoire, et avec le bon état d’esprit, et vous pouvez trouver une infinité de mouvements puissants, esthétiques, agréables, et efficaces avec le corps que vous avez.

Voilà pourquoi, finalement, si je devais entendre à nouveau cette dame me dire que ma position de professeur ne se voit pas, j’aurais plaisir à lui répondre : « bravo, vous commencez à comprendre mon travail ! »

2 Comments

  1. Merci pour ce texte . C est bon de trouver décrit avec finesse cette particularité du ésultat non identifiable non mesurable de l’accompagnement à l’éveil corporel

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